Le Canada en tête de la recherche sur le genre et la sexualité

Le Canada en tête de la recherche sur le genre et la sexualité


Date de publications : | Chaires de recherche Canada 150

Shireen Hassim prend la parole lors de la série de conférences One decade forward, two decades back: race and redistribution in postapartheid South Africa | © Michael Pereira

En partie grâce à trois chercheuses du Programme des chaires de recherche Canada 150, le Canada est un chef de file mondial dans le domaine des études sur le sexe et le genre. Annoncé dans le Budget 2017 et d’une valeur de 117,6 millions de dollars, ce programme a permis à deux douzaines de chercheuses, chercheurs et universitaires parmi les plus émérites au monde de venir travailler dans des établissements canadiens dans un large éventail de disciplines.

Parmi les personnes recrutées à l’étranger, citons Sari van Anders, titulaire de la Chaire de recherche Canada 150 en neuroendocrinologie sociale, sexualité et genre à la Queen’s University, Judith Mank, titulaire de la Chaire de recherche Canada 150 en génomique de l’évolution à l’University of British Columbia, et Shireen Hassim, titulaire de la Chaire de recherche Canada 150 sur les politiques africaines et le genre à la Carleton University. Ce trio féminin a produit de nouvelles connaissances considérables en sciences et en politique ainsi qu’en ce qui concerne les implications sociétales du sexe et du genre.

Sari van Anders : « Ce travail est important! »

Durant les dix années qu’elle a passées à l’University of Michigan, Sari van Anders a ouvert la voie à la bioscience féministe, à la diversité des genres et des sexes et à la recherche sur le sexe. Elle a aussi été à l’origine de la théorie des configurations sexuelles, une nouvelle façon de conceptualiser, de mesurer et d’explorer la manière dont les gens vivent leur genre, leur sexe et leur sexualité. Toutefois, quand elle a entendu parler du Programme des chaires de recherche Canada 150, elle s’est dit que le moment était venu de retourner dans son pays natal, le Canada.

« Au Canada, on comprend que ce travail est important en raison du soutien en faveur de la diversité, explique-t-elle. C’est un modèle à suivre pour les approches globales. »

À la Queen’s University, Mme van Anders a monté un laboratoire axé sur la science féministe et queer. Cheffe de file dans le domaine de la neuroendocrinologie sociale, elle est en train d’ajouter une section hormonale au laboratoire afin d’étudier l’impact des expériences sociales et genrées sur le niveau de testostérone, car jusqu’à présent, la plupart des recherches n’ont porté que sur la relation inverse, à savoir l’impact des hormones sur le comportement.

« Cela valait vraiment la peine de revenir au pays, remarque la chercheuse. Le Programme des chaires de recherche Canada 150 nous a vraiment donné, à moi et à mon équipe, l’espace nécessaire pour mener des recherches de grande qualité qui ont un impact majeur. Notre succès nous enthousiasme vraiment. »

Le laboratoire de Mme van Anders a étudié un domaine de recherche peu abordé : la baisse du désir sexuel chez les femmes – un phénomène qui a longtemps été considéré comme un problème médical ou un dysfonctionnement. En 2022, la chercheuse a cosigné un article qui mettait plutôt en évidence un lien sociétal, soit l’inégalité des genres dans le travail domestique comme facteur prédictif de la baisse du désir sexuel chez les femmes vivant en couple avec un homme. Cet article a reçu le prix de la meilleure publication théorique de la Society for the Scientific Study of Sexuality, l’une des plus hautes distinctions accordées à la recherche sur la théorie de la sexualité. Cet ensemble de travaux et un article connexe paru dans La Conversation ont été téléchargés près de 750 000 fois. Des thérapeutes de couples ont aussi communiqué directement avec Sari van Anders pour exprimer à quel point sa recherche avait aidé leur clientèle à trouver la source de leur problème.

« On nous dit à quel point notre travail est important », confie-t-elle.

Elle a également diffusé ses travaux et leur a donné de l’impact par le biais du fanzine gratuit Mapping Your Sexuality (traduit en quatre langues), de témoignages de spécialistes sur les genres et les sexes, de séances éducatives sur la justice en matière de genre, de sexe et de sexualité et de consultations auprès d’organismes fédéraux afin de définir et de mesurer les genres et les sexes de façon exhaustive et inclusive.

Judith Mank : « Il y a de multiples façons d’être mâle ou femelle. »

Judith Mank a, elle aussi, trouvé un environnement chaleureux et favorable à ses travaux de recherche à titre de titulaire de chaire de recherche Canada 150 à l’University of British Columbia. Elle a été recrutée de l’University College London et enseignait auparavant à l’University of Oxford.

À l’University of British Columbia, le laboratoire de Mme Mank compte de « jeunes gens motivés et perspicaces » qui étudient les différences entre les sexes sous l’angle de l’écologie et de la génomique.

« La diversité des genres et des sexes suscite beaucoup d’intérêt depuis quelque temps, c’est pourquoi nous étudions son origine naturelle pour essayer de la comprendre. Il existe de très nombreuses façons d’être mâle ou femelle », remarque la chercheuse en pointant une espèce de poisson chez laquelle il existe un seul type de femelle, mais cinq types de mâles, chacun ayant une apparence et un comportement très différents les uns des autres. En outre, d’autres poissons changent de sexe en milieu de vie.

Judith Mank a obtenu un diplôme en anthropologie avant de s’orienter vers la génétique. Elle possède donc une vision unique des éléments qui sous-tendent les différences entre les sexes et une certaine appréciation de leur signification dans la société et la culture.

« Il existe toutes sortes de formes de diversité sexuelle chez les animaux, ce qui est plutôt inspirant, ajoute la chercheuse. Cela incite à réfléchir davantage aux rôles des genres chez les êtres humains. Dans de nombreuses sociétés, ces rôles sont assez stricts, mais ils sont en train de changer. »

Visant à mieux comprendre les causes génétiques et les conséquences évolutives des différences entre les sexes, les travaux de Mme Mank pourraient avoir des répercussions sur la conservation de la faune, la santé humaine, le développement de médicaments et plus encore. Les étudiantes, les étudiants et les chercheuses et chercheurs de niveau postdoctoral qui ont travaillé dans son laboratoire ont poursuivi leur carrière dans le monde universitaire et dans l’industrie à titre de scientifiques de données et de spécialistes en génomique dans des sociétés de biotechnologie.

Judith Mank a récemment fait du Canada son nouveau port d’attache en devenant citoyenne canadienne dans le cadre d’une cérémonie Zoom à laquelle elle a assisté depuis son jardin durant l’été.

Shireen Hassim : « Il faut comprendre comment la race, le genre et la classe représentent des inégalités croisées. »

Spécialiste sud-africaine de la théorie féministe, de la politique et des mouvements sociaux, Shireen Hassim a également traversé le monde pour devenir titulaire d’une chaire de recherche Canada 150. Elle a été recrutée par la Carleton University pour contribuer au développement de l’Institute of African Studies – un institut unique en son genre. La Carleton University est la seule au Canada à proposer un programme de cycles supérieurs en études africaines.

« J’ai eu la véritable occasion de créer un programme qui aurait un impact plus large, à la fois au Canada et en Afrique. C’était passionnant », explique la chercheuse dont les premières recherches portaient sur le genre et la politique en Afrique. « Nous ne pouvons pas supposer que la libération nationale se traduira automatiquement par des avantages pour les femmes », ajoute-t-elle.

Grâce à son parcours, elle est en mesure d’approfondir et d’élargir ses connaissances pour enseigner aux étudiantes et étudiants les inégalités sociétales sous un angle plus général.

« Si l’on s’intéresse aux raisons pour lesquelles certains types de hiérarchies, même entre nations, persistent, on doit comprendre comment la race, le genre et la classe représentent des inégalités croisées », précise-t-elle. Le rôle d’un programme comme celui de la Carleton University est de former une nouvelle génération pour qu’elle comprenne en profondeur la situation d’autres pays et d’autres parties du monde.

« Lorsqu’une perspective commerciale ou un conflit se présentera, aura-t-on accès à des spécialistes de l’Afrique, des personnes qui pourront conseiller les gouvernements ou les organismes provinciaux et fédéraux parce qu’elles disposeront de données probantes et d’une base de connaissances? »

En 2020, les mesures de lutte contre la pandémie ont fermé de nombreuses portes. Mme Hassim ne pouvait plus recruter de nouvelles étudiantes et de nouveaux étudiants à l’étranger, ni faire venir des collègues d’Afrique, ni envoyer des étudiantes et étudiants de la Carleton University à l’étranger. Cependant, elle a offert une possibilité en lançant Knowing Africa, un séminaire Zoom bimensuel qui a connu un grand succès international.

« Ce séminaire est axé sur l’idée que l’Afrique est un lieu où naissent les théories et non un lieu que l’on ne fait que visiter et dont on ne fait qu’extraire des connaissances, explique la chercheuse. L’Afrique est aussi activement engagée dans une réflexion sur le continent, le monde et les grands problèmes sociaux, économiques et politiques. »

Le séminaire a permis de bâtir un réseau de grandes penseuses et de grands penseurs, qui continuent à se rencontrer en ligne, car cela permet une plus grande participation des universitaires d’Afrique.

Une autre victoire du programme de renforcement institutionnel de la chercheuse a consisté à élargir le programme de maîtrise en études africaines de la Carleton University pour en faire un programme coopératif de doctorat. Shireen Hassim souhaite que ce programme continue à se développer, car c’est par ce programme que les connaissances les plus approfondies seront créées.


Mots clés

  • Études sur le sexe et le genre
  • Neuroendocrinologie sociale
  • Théorie des configurations sexuelles
  • Inégalité des genres
  • Génomique de l’évolution
  • Théorie féministe
  • Sexualité
  • Diversité des genres et des sexes

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